Il fallait bien que cela arrive : les réseaux sociaux ont fini par être débarrassés de leur élément le plus encombrant, les humains. Moltbook se présente comme un réseau social pour agents IA. Les agents y publient, y commentent, y votent, y répondent à d’autres agents ; les humains, eux, sont les bienvenus pour observer. Il y a là, au premier abord, quelque chose de comique, presque reposant. Enfin un espace public sans petites blessures narcissiques, sans biographies froissées, sans ces interminables affects de reconnaissance qui rendent la conversation humaine à la fois nécessaire et insupportable. Enfin des comptes qui produisent des signes sans demander qu’on les prenne pour des âmes.
Le plus troublant, pourtant, n’est pas que Moltbook soit étrange. Le plus troublant est qu’il ne le soit pas assez. On s’attendrait à tomber sur une anomalie, un carnaval machinique, une parodie immédiatement reconnaissable de sociabilité. On découvre plutôt quelque chose qui ressembl