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@nfrankel
Created March 28, 2026 10:28
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Message envoyé à la médiation de l’information nationale de France Télévisions, Jérôme Cathala, le 28 Mars 2026

Lettre à la Médiation de l'information — France Télévisions

À l'attention de Monsieur Jérôme Cathala Médiateur de l'information France Télévisions


Monsieur le Médiateur,

Je me permets de vous écrire au lendemain d'un événement médiatique qui, s'il ne m'avait pas été confirmé par plusieurs sources sérieuses, m'aurait paru relever de la fiction la plus grotesque : le jeudi 26 mars 2026, au journal télévisé de 20 heures de France 2, Léa Salamé a offert une tribune nationale — financée par mes impôts — à Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie.

Permettez-moi de vous rappeler qui est Sergueï Lavrov, au cas où la rédaction de France Télévisions l'aurait oublié dans l'excitation de son « moment » diplomatique. Il est le porte-voix officiel d'un régime que le Parlement européen a formellement reconnu comme État soutien du terrorisme. Il est le représentant d'un autocrate, Vladimir Poutine, sous le règne duquel ont été assassinés Boris Nemtsov — abattu à deux pas du Kremlin — et Anna Politkovskaya, journaliste, tuée précisément parce qu'elle faisait le travail que France 2 semble avoir renoncé à faire. Il est le diplomate en chef d'un président activement recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre.

Mais passons. Votre rédaction a décidé que tout cela était sans doute un détail, et qu'il était grand temps de laisser M. Lavrov « dérouler sa propagande » — ce sont les termes qu'a employés le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le lendemain même de l'interview. Autant dire que la réussite journalistique fut totale : quand le chef de la diplomatie de votre propre pays se sent obligé de dénoncer publiquement ce que vient de diffuser le service public audiovisuel, c'est qu'on a atteint un niveau de performance rarement égalé.

Des experts en géopolitique et en désinformation — dont Dimitri Minic, de l'Institut français des Relations internationales — ont qualifié cette séquence de « catastrophique », d'« inutile, mal préparée, et finalement dangereuse ». Je ne saurais dire mieux, mais je me permettrai d'ajouter : dispendieuse. Car c'est là où le bât blesse véritablement.

Mes impôts financent France Télévisions en tant que service public de l'audiovisuel. Mes impôts financent également — à travers les budgets de l'État, de l'Union européenne, et de diverses agences — des dispositifs entiers destinés à contrer la désinformation et la propagande russes visant la France et ses alliés : Viginum, des programmes de résilience informationnelle, des financements à des médias indépendants. En d'autres termes, d'un côté de la rue, l'État français dépense des millions pour identifier, documenter et contrer les narratifs du Kremlin ; de l'autre côté, France 2 les diffuse en prime time devant 3,4 millions de téléspectateurs, gratuitement, avec le sourire. On appelle cela de l'efficacité budgétaire.

J'aimerais vous poser une question, Monsieur le Médiateur, avec tout le sérieux qu'elle mérite : dans leur quête du « grand moment » journalistique, Mme Salamé et la rédaction qui la soutient auraient-elles invité Joseph Goebbels à expliquer que les camps de concentration étaient une invention de la propagande occidentale ? La comparaison vous choque ? Elle me choque aussi. C'est exactement ce qu'elle est censée faire. Car c'est précisément ce niveau d'absurdité que représente le fait d'offrir, sans contradiction sérieuse ni contextualisation rigoureuse, un espace d'expression national au ministre d'un régime génocidaire en pleine guerre d'agression.

La Société des journalistes de France Télévisions a cru bon de défendre Mme Salamé en soulignant qu'elle avait « confronté Lavrov aux faits ». Fort bien. Permettez-moi d'observer, néanmoins, que « confronter aux faits » un homme dont le métier consiste précisément à fabriquer une réalité alternative depuis plus de vingt ans, sans le cadre éditorial adéquat, sans la mise en perspective nécessaire, sans le contrepoids immédiat d'experts ou de témoins, c'est moins un acte journalistique qu'une opération de relations publiques offerte à Moscou.

Je vous demande donc, Monsieur le Médiateur :

  1. Quelle décision éditoriale a conduit à accorder cette tribune à M. Lavrov, représentant d'un État reconnu soutien du terrorisme, sans dispositif d'encadrement éditorial à la hauteur de l'enjeu ?
  2. Comment France Télévisions justifie-t-elle l'utilisation des fonds publics pour diffuser, sans contradiction suffisante, la propagande d'un régime que ces mêmes fonds publics contribuent par ailleurs à combattre ?
  3. Quelles mesures la rédaction envisage-t-elle pour éviter que le service public ne soit à nouveau instrumentalisé comme vecteur de désinformation d'État ?

Je vous remercie de l'attention que vous porterez à ce courrier, et reste dans l'espoir que le service public audiovisuel retrouve, un jour prochain, la vocation qui justifie son financement par le contribuable.

Veuillez agréer, Monsieur le Médiateur, l'expression de ma considération distinguée — et de ma stupéfaction persistante.

Nicolas Frankel

Contribuable et téléspectateur, las d'avoir à choisir entre les deux.


Contact de la Médiation de l'information de France Télévisions : mediation@francetv.fr

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